Comment je devins un éclaireur marin par Sir Robert Baden-Powell

Sir Robert Baden-Powell raconte ici ses souvenirs de jeunesse:Scouts Unitaires de France

Le scoutisme nautique vaut encore mieux que le camp pour vous rendre débrouillard et endurant. En outre, c’est plus aventureux, et c’est une mine de folle gaieté.

Comment je devins un éclaireur marin?

Eh bien voila:

Nous étions cinq frères, et entre nous tous nous possédions un cotre de dix tonneaux. Naturellement, c’était le plus beau bateau que le monde ait jamais vu; du moins, c’est ce que nous pensions et réelement, il n’était pas mal. Ses performances le prouvent. Nous l’avions mis sévèrement à l’épreuve, de diverses manières: peche au printemps, croisiere en été, courses en automne et chasse aux canards en hiver.

Nous le prenions dès que nous pouvions avoir des vacances, à n’importe quel moment de l’année, sur n’importe quelle cote d’Angleterre. Et le vieux bateau fit ses preuves sous tous les rapports.

L’ainé des frères, Warrington, avait été marin et savait tout ce qui concerne la navigation, et nous autres, nous recumes de lui nos connaissances en ces matières. Nous apprimes non seulement la navigation, et le pilotage, mais encore à larguer les voiles, à gréer et à peindre le bateau, à récurer le pont à nettoyer, à charpenter, etc… Et puis, naturellement, nous devions tous savoir cuire, comme nous devions savoir nager.

Et même, nous étions - sauf moi - assez bons à la nage.

Je me souviens qu’en levant l’ancre dans Haslar Creek un jour, la patte se prit à une chaine d’amarrage au fond de l’eau. Que faire?

  • Louer un scaphandrier et un appareil pour aller la décrocher? Nous ne pouvions nous le payer.
  • Couper le cable et perdre l’ancre? Nous ne pouvions pas non plus nous le permettre.

Aussi mes frères se déshabillèrent et plongèrent par dessus bord, descendirent le long du cable, restèrent longtemps sous l’eau, réapparurent comme des phoques pour se remplir les poumons d’air, et plongèrent de nouveau.

Cela se répéta plusieurs fois. Mais enfin ils réapparurent tout à coup avec de larges sourires sereins! Tout allait pour le mieux! Pendant ce temps, ma tache avait été de faire du cacao bien chaud et de préparer des serviettes éponges tièdes et bientot nous étions en route sans plus penser à nos malheurs.

Oui, Portsmouth Harbour, avec ses criques de Haslar et autres était un de nos coins favoris. Comme nous faisions les fous, à huit heures, pour saluer le drapeau, et au coucher du soleil, pour sonner la retraite! Quand les clairons des vaisseaux de guerre retentissaient, nous soufflions dans nos sirènes et éxécutions une imitation de leur cérémonial solennel. Quelle joie chez nos voisins les matelots quand nous sonnions le rassemblement pour recevoir notre capitaine Warrington quand il revenait à bord, au retour d’une éxpédition sur terre ferme ou il avait acheté des oeufs frais et des choux!

BP signe des autographes pour des scouts marins

Quel beau sport nous procurèrent les mulets de là bas! Ce sont de grands et beaux poissons, rudement bons à manger, mais très timides, presque impossibles à prendre. Nous les rattrapions en sortant le youyou, armés d’un long trident; nous regardions sous le gaillard arrière de l’une des vieilles carcasses qui se trouvaient dans le port et tachions de découvrir le mulet qui se nourrisait le long de la quille. Quand un éclair argenté scintillait à travers les algues, un coup de trident rapide et droit nous amenait un beau poisson pour le déjeuner. Et puis, quelles merveilleuses parties de peche en mer.

Je peux me rappeler de grands jours, avec les merlans au large de Portland, et avec les maquereaux, tandis que nous voguions lentement à la voile de misaine, au large des iles de Farne. Là aussi, nous passions le temp à la chasse au canard sauvage; souvent, nous faisions aussi voile vers la baie de Christchurch pour chasser les oiseaux et il fait rudement froid à rester dans le courant d’air descendant de la voile de misaine, le nez sur les bittes, et le fusil pret à les attraper au vol.

Dans le Southampton Water aussi, je passais plus d’un bon moment dans les marais à épier les oiseaux, avec des patins à boue ou des planches liées aux pieds pour ne pas enfoncer, et à longer les fosses j’usqu’aux endroits ou l’on avait deja reperé le canard sauvage, le pluvier, ou le courlis.

Ca, c’était du scoutisme!

Malheureusement pour nous autres, Warrington, le Capitaine, eut l’idée que nous pourrions faire fortune un jour en sauvant un navire en détresse; aussi, chaque fois qu’il venait un grain, au lieu de se tapir confortablement et de s’arranger le mieux possible dans un port, il tenait absolument à se mettre en route et à rester en pleine mer, à guetter d’éventuels navires en détresse.

J’était tout acquis à l’idée d’aider ceux qui en avaient besoin, mais à ce moment la, je ne concevais pas très bien l’obligation de se mettre nous même à mal pour le faire. J’y pensais, mais n’osais le dire, Warrington était féru de discipline.

Je l’appris quand j’oubliais d’ajouter la viande et les clous de girofle à mon premier essai de soupe aux pois pour l’équipage, et quand il m’obligea à avaler tout le lourd amalgame qui fut le résultat de ma tentative.

dessin de BP

Une fois, nous étions confortablement installés à Harwich quand un vilain orage se leva au Nord-Ouest, qui obligea plusieurs vaisseaux du port à lever l’ancre et à se réfugier dans des endroits plus abrités. Au milieu de la tumulte, nous vimes le bateau de sauvetage sortant vers la mer, de toute évidence en réponse à un signal de détresse. C’en fut assez pour notre Capitaine qui vit là une occasion à ne pas manquer: "Il y a deux canaux menant à la mer, dit-il, à travers les bancs de sable; il y a bien des chances pour que la chaloupe de sauvetage se trompe, et ne trouve jamais le navire; nous prendrons l’autre canal, et nous le sauverons!".

Sans enthousiasme, nous autres, pauvre équipage, dumes tenir sur le pont, hisser les voiles de tempete, et préparer pour passer le moins mal possible un mauvais quart d’heure. L’ancre levée, nous glissames de notre confortable position vers les remous ténébreux et la rage des éléments déchainés. Nous ne voyions pas de trace de bateau de sauvetage, de navire ou de quoi que ce soit que ce fut parmi les montagnes d’eau jaune ourlées d’écume et les embruns venant à la volée tandis que, trempés jusqu’au os et battus par le vent, nous nous frayions un chemin à grands bruit et à grandes embardées.

Cela dura un jour et une nuit, et naturellement, nous ne fumes jamais en vue de notre proie avant notre retour au port, pour trouver qu’elle avait été prise en remorque par la chaloupe et par un puissant chaland, et ramenée avec le bénéfice de plusieurs miliers de livres comme prime de sauvetage.

Non, nous ne sommes jamais parvenus à sauver personne, bien que nous fussions plus d’une fois très près d’avoir besoin d’être sauvés nous-mêmes.

L’une des plus amusantes expériences nautiques d’Eclaireur nautique fût une croisière d’exploration en rivière, ou deux de mes frères et moi emmenions un bateau pliant en amont de la Tamise, aussi loin que nous pouvions le faire flotter. Nous arrivames jusqu’aux Monts Chiltern ou l’on avait encore jamais vu de bateau. Nous emportions nos ustensiles de cuisine, notre tente et notre literie, et nous campions sur la rive pendant la nuit.

dessin de BP

En arrivant à la source, nous avons porté notre bateau sur l’autre versant de la montagne et l’avons remis à flot dans la rivière qui descend vers l’Ouest et qui devient l’Avon apres quelques kilomètres.

Nous sommes passé par Bath et par Bristol, à la rame, à la voile, à la gaffe ou en se halant selon les circonstances, jusqu’à ce que nous ayons atteint les eaux imposantes de la Severn. Nous l’avons passé à la voile jusqu’à ce que nous soyons parvenus à Chepstow sur l’autre rive. La, nous avons remonté les rapides de la Wye dans un paysage superbe, jusqu’à notre demeure près de Llandogo.

De Londres au pays de Galles, presque toujours sur l’eau avec un tas d’aventures et une foule de plaisirs!

Mais n’importe qui parmi vous peut en faire autant, si vous voulez essayer. Voyez-vous, votre pays a de superbes cours d’eau qui le traversent de bout en bout et d’un coté à l’autre. Il ne tient qu’a vous de les suivre.

Donc, allez-y, Eclaireurs marins! Montrez vos talents et si vous prenez autant de plaisir à votre scoutisme nautique que j’en ai pris au mien, vous ne vous ennuierez pas!

Ces lignes ont été écrites Sir Robert Stephenson Smyth Baden Powell, Chief Scout of the World

Sir Robert Baden-Powell, Chief Scout of the World



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