Le père Sévin & les scouts marinsScouts Unitaires de France

Les lignes qui suivent ont été écrites en 1922 par le père Jacques Sévin, Co-Fondateur du Scoutisme Français, Breveté de Gilwell, Scoutmestre fondateur de Chamarande, elles sont le reflet d'une génération marquée par la guerre et encore exaltée par l'armistice. Ces lignes font partie de l'histoire du scoutisme marin, mais elles sont à lire la tête froide et à replacer dans leur contexte historique et social.
 

A tout seigneur, tout honneur! 
Par leur importance, par leur originalité, par la place qu'ils ont conquis dans l'opinion, les scouts-marins méritent à eux seuls presqu'un livre. Mais force est de nous borner à l'essentiel. 
Ils sont né dès 1911. BP a demandé à son frère Warrington, officier de marine, de faire des scouts-marins non une oeuvre distincte mais une branche organisée du scoutisme ordinaire. En 1912, Warrington Baden Powell publie le manuel Seascouting and seamanship for boys. En 1913? Les scouts-marins sont déjà plusieurs milliers à Londres et dans le Royaume-Uni. Au début de la première guerre mondiale, 27000 scouts-marins contribuèrent à la défense des côtes de la Grande Bretagne. 

Le scoutisme marin n'est pas plus destiné à préparer l'entrée des garçons dans la marine de guerre que le scoutisme terrien à préparer des recrues pour l'armée de terre. Cela n'empêche pas que, ici plus encore que dans le scoutisme terrien, l'appartenance à une patrie ait été dès l'origine mis en évidence. Il s'agissait pour l'Angleterre de conserver la maîtrise des océans, de renouveler dans les classes populaires le goût des choses de la mer qui avait fait la grandeur et la richesse de cette nation, de stopper l'invasion de la marine marchande britannique par les étrangers qui, soit dit en passant, s'y trouvaient en 1913 au nombre de 400000 hommes. 

Toutefois, les troupes marines ne sont pas des écoles de mousses. En faire partie ne préjuge nullement de la vocation future de l'enfant. Le scoutisme marin n'est qu'une manière de scoutisme plus passionnante. Il reste toujours un grand jeu organisé, le plus formatif et le plus magnifique de tous. Du reste, qu'elle que soit la carrière à laquelle se destinent les scouts, il leur sera utile d'avoir acquis quelque chose du savoir faire, de l'esprit de ressource, du courage et de la discipline du marin. 

L'organisation est celle des scouts ordinaires. Comme leurs frères, les scouts-marins sont divisés en patrouilles. Une légère variante dans l'uniforme et le langage. Pour le reste, la même loi et les mêmes règlements compatibles avec la spécialisation. Bref, même formation morale et mêmes méthodes pédagogiques. 

"A mon idée, dit BP, les scouts-marins et terriens sont interchangeables: les scouts-marins peuvent très bien faire un séjour à terre, se livrer à du campisme et aux travaux de terriens, et des scouts ordinaires peuvent également passer une saison à faire du nautisme pour varier les plaisirs. Il n'est pas nécessaires que les troupes abandonnent leur uniforme ou se fassent inscrire dans l'autre catégorie." 

Qu'apprennent donc les scouts-marins? 

En premier lieu, beaucoup de choses qui font partie du programme de base. Tout scout de mer doit d'abord passer les épreuves de seconde classe. Mais certaine techniques seront naturellement étudiées plus à fond: la signalisation, les noeuds, la météorologie, la lecture des cartes hydrographiques, la connaissance des règles d'abordage, bref, l'étude élémentaire de tout ce qu'un homme de mer à besoin de savoir pour naviguer sans danger pour lui et pour les autres. Ici plus de connaissances approchées, il faut savoir. C'est la raison pour laquelle les scouts-marins se recrutent parmi les garçons les plus ardents et les plus travailleurs. S'ils ne le sont pas, ils ne restent pas. Et c'est à ce prix que le scoutisme marin continue d'exister.

En 1913, le journal le Daily Mirror faisait présent à l'association d'un magnifique yatch, le "mirror". Après quelques mois de service à peine, le "mirror" fut coupé en deux par un vapeur sur la Tamise, entre Gravesend et Tilbury. Des seize personnes à bord, trois scouts disparurent plus l'assistant scoutmestre qui périt en essayant de les sauver. L'enquête établit la responsabilité complète du vapeur et la presse fit remarquer que si le yatch avait été armé par d'autres que des scouts qui firent preuve d'une discipline remarquable, l'équipage tout entier aurait périt tant la catastrophe fut instantanée.

Le scoutisme-marin a néanmoins contre lui des difficultés spéciales. A première vue il coûte cher et de plus il exige des hommes compétents, presque des professionnels. Les vrais et bon scoutmestres qui par définition même doivent être à la fois scouts et marins expérimentés... 

La question des frais n'ayant pas empêché le développement du scoutisme marin, le temps a donc démontré que la question n'est pas primordiale. Si on a la volonté de naviguer, on trouvera toujours une embarcation quelque part. Des clubs, des particuliers peuvent les prêter. Les exemples d'une telle pratique sont innombrables. On peut les fabriquer, ce sera plus long, mais aussi tellement éducatif. 

Non, la seule et véritable question est celle des compétences. La difficulté est toutefois moindre qu'on se l'imagine. Il n'est pas nécessaire que le scoutmestre sache tout en débutant. A lui d'acquérir la technique suffisante. Le commissaire des scouts-marins de Londres en 1919 était un clergyman et personne ne s'en étonnait. Et puis, ici surtout, il y a de la place pour un grand nombre d'instructeurs. 

Enfin que le scoutisme marin soit moins pratique que le le scoutisme ordinaire, c'est encore une erreur. Naturellement, on ne l'établira pas sur les montagnes, mais la proximité de la mer n'est nullement indispensable. Et son nom plus exact sera scoutisme nautique. Un cours d'eau navigable, un canal, un lac suffiront à permettre l'apprentissage des manoeuvres. Pour le reste, presque tous les exercices, signaux, étude des cartes, charpenterie navale sont praticables à terre. Scoutisme nautique donc, mais seuls bien sur pourront prétendre d'être marins ceux-là qui vont sur la mer. Une troupe marine n'est pas un cercle de régates.

Le scoutisme marin ne rencontre pas d'objections bien redoutables. Par son centre d'intérêt, son utilité, la formation physique et morale qu'il donne aux jeunes garçons le rendent supérieur au scoutisme ordinaire. "Je voudrais bien être scout-marin" soupirait un jour BP après une visite qu'il avait rendu à la 1 ère marine Windermere. Ce qui donne au scoutisme marin cette valeur supplémentaire, c'est l'utilisation immédiate et concrète des connaissances acquises. Dans cette forme de scoutisme les erreurs et les à-peu-près sont impardonnables car ils entraînent les plus graves conséquences pour la sécurité commune. Les flots ne sont pas plus tendres pour les garçons de quinze ans que pour des vieux loups de mer aguerris. L'enfant le sait et travaille d'autant mieux.

Un autre avantage, capital du point de vue moral, c'est que le scoutisme marin exigeant plus de travail et de vigueur physique, recrute ses adhérents parmi les garçons les plus âgés. On a donc là une solution au "problème des grands" qui existe dans le scoutisme comme partout. Quand une patrouille de terriens n'a plus grand chose à proposer (ou le croit) parce que tous les membres ont déjà trois ou quatre ans de service, pour peu qu'il y ait un plan d'eau dans les environs, qu'elle devienne donc troupe nautique et durant quelques temps encore elle continuera de voir du nouveau.

Les scouts seront hommes avant de s'être lassés et non seulement le scoutmestre aura gardé sa troupe, mais elle aura acquis une plus-value morale incomparable. C'est que le scoutisme-marin n'est pas le rival du scoutisme terrien, il n'est pas destiné à le supplanter, il s'y superpose et il le complète en le couronnant.

Il est possible d'apprécier les résultats généraux du scoutisme, mais le scoutisme marin a des états de service si particuliers qu'il est à propos d'en parler ici. C'est en temps de guerre qu'il a donné la mesure de sa valeur.

Le 2 Août 1914, troubla les scouts-marins occupés aux préparatifs d'un immense camp aux abords de l'île de Wight. En quelques heures, mobilisés volontaires, ils étaient envoyés à toutes les stations de gardes côtes de la Grande Bretagne. Du premier coup, ils rendaient possible l'embarquement immédiat de milliers de garde-côtes de métier. Des enfants de treize à dix-sept ans allaient remplir des fonctions d'homme. Comme à Mafeking, la garde du sol natal leur était confié. L'idée était audacieuse. Les premiers jours, le public s'en amusa. Certains même manifestèrent de l'hostilité. Pourtant les scouts se firent rapidement prendre au sérieux. On s'aperçut qu'en sacrifiant les salaires énormes qui leur étaient offerts dans les usines de munitions ils donnaient avec leurs familles un exemple de patriotisme que beaucoup d'autres n'auraient jamais donné. On se rendit compte que patrouiller cinq kilomètres de côtes jour et nuit par tous les temps, surveiller les barques de pèche qui travaillaient aux heures interdites, vérifier les permis des équipages qui débarquaient au risque de se faire rudoyer par les marins vexés, signaler toute embarcation en vue, assister les navires en détresse, repérer les mines flottantes et guider les canots qui allaient les faire exploser n'étaient pas mince besogne, et que le seul amour du plein air et d'un campisme un peu plus pimenté n'y suffisait pas.

Ils y risquaient leur vie ces garçons là. Sans parler des bombardements où plusieurs furent tués, les scouts marins étaient admis comme cuisiniers ou comme signaleurs à bord des navires-hôpitaux ou des dragueurs de mine. Eux seuls assurèrent tout le service de signalisation à bord des navires de la fameuse escadre des "mannequins" qui était destinée à envoyer les éclaireurs ennemis sur de fausses pistes et à protéger ainsi les véritables escadres de combat. Or détail qui en dit long, le rôle de cette escadre était si dangereux que ses équipages ne comprenaient que des volontaires.

Lorsque coula le "Britannic", il fallut un ordre formel du Commandant pour faire descendre les scouts dans les chaloupes. Leur calme, leur intrépidité devant la mort possible firent l'admiration des officiers. L'un des leurs était tué le 31 mai 1916 à la bataille du Jutland, dans des circonstances telles que la Victoria Cross, la plus haute distinction militaire britannique, était accordée à ce garçon de 16 ans: Jack Cornwell.

En présence de ces faits, on comprend que les scouts-marins aient été invités à figurer à Londres dans le défilé de la victoire, que le Capitaine de vaisseau Basil Hall, qui en commanda des centaine durant la guerre, ait pu leur décerner cet "loge unique: Je ne sais ce que nous aurions fait sans eux." Que l'Amiral Cecil Thursby, ait affirmé que "leur habileté, leur débrouillardise, leur dévouement, sont bien plus éloquent témoignage de l'excellence de la formation matérielle et morale que donne le scoutisme-marin.

Et en vérité, n'eut-il fondé que les scouts-marins, Lord Robert Baden-Powell aurait déjà bien mérité.

Ces lignes ont été écrites en 1922 par le père Jacques Sévin, Co-Fondateur du Scoutisme Français, Breveté de Gilwell, Scoutmestre fondateur de Chamarande

Le pere Jacques Sevin, Co-Fondateur du Scoutisme Francais, Brevete de Gilwell, Scoutmestre fondateur de Chamarande


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